Au Liban, la guerre en Ukraine aggrave l’insécurité alimentaire

La population redoute une explosion des prix.

Le Liban est très dépendant des exportations de blé d’Ukraine et de Russie, aujourd’hui à l’arrêt.

La marge de manœuvre de Beyrouth pour se réapprovisionner est très limitée, avec seulement un mois et demi de réserves stratégiques.

Depuis l’explosion au port de Beyrouth en 2020, le Liban n’a pas plus d’un mois et demi de réserves stratégiques de blé.

Articles Les Echos Publié le 18 mars 2022 par Justine Babin :  

https://www.lesechos.fr/monde/afrique-moyen-orient/au-liban-la-guerre-en-ukraine-aggrave-linsecurite-alimentaire-1394632

 » C’est ce qu’on appelle une gestion à flux tendu. Depuis la terrible double explosion au port de Beyrouth il y a un an et demi, ayant détruit les grands silos de la capitale, le Liban n’a plus qu’un mois et demi à deux mois de réserves stratégiques de blé. Ces grains servant à fabriquer de la farine, destinée principalement à la production de pain plat arabe subventionné, sont depuis stockés directement chez les minotiers.

L’invasion russe de l’Ukraine a donc mis le pays dos au mur. La quasi-totalité de ses réserves de blé tendre sont en effet importées de la mer Noire , dont 80 % de l’Ukraine et 16 % de Russie. Or « plus aucun navire n’arrive d’Ukraine et la poursuite des échanges avec la Russie est compromise par les sanctions internationales », affirme Geryes Berbari, à la tête de la Direction générale des céréales et de la betterave sucrière, rattachée au ministère de l’Economie et du Commerce.

Exportations interdites

« Il n’y a pas de pénurie », a tenté de rassurer Amin Salam, le ministre de l’Economie et du Commerce, le 8 mars, lors d’une conférence de presse, assurant que les quantités en stock étaient « suffisantes ». Les autorités ont cependant adopté plusieurs mesures d’urgence. L’utilisation de la farine est désormais réservée jusqu’à nouvel ordre au pain arabe. Le ministère de l’Industrie a également interdit les exportations sans autorisation préalable de produits alimentaires fabriqués localement.

A supposer que de nouveaux partenaires puissent être trouvés à temps, le règlement de la facture pose problème, en pleine flambée des prix. « Le gouvernement vient de débloquer un montant pour l’achat de 50.000 tonnes de blé, soit la consommation d’environ un mois », affirme Geryes Berbari. « Nous avons des offres et pourrions effectuer une commande la semaine prochaine », assure-t-il. Mais les réserves de la banque centrale, au plus bas après deux ans et demi de grave crise économique et de liquidités , pourraient ne pas supporter le choc si la situation se prolonge.

Risque de famine

Anticipant des ruptures de stock mais aussi une hausse des prix, les Libanais ont afflué vers les boulangeries et supermarchés. D’autant que le blé n’est pas le seul produit de base concerné par la guerre en Ukraine. « Environ 60 % de l’huile végétale provient d’Ukraine et 34 % de Russie, déclare Hassan Makhlouf, ingénieur agronome et professeur à l’Université libanaise. Dans une moindre mesure, le Liban importe aussi des bovins vivants, du maïs, de l’orge, du sucre et du soja de l’Ukraine, ainsi que des fruits secs de Russie. »

Les prix actuels sont déjà hors de portée de nombreux Libanais, dont les trois quarts vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté. Les prix alimentaires et des boissons non alcoolisées étaient déjà en hausse de 483 % sur un an en janvier. Depuis plusieurs mois, les organisations internationales alertent sur un risque de famine dans le pays. »

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